Notes sur les lignages à Minorque

 

 

Traduction libre de "Els llinatges dels Menorquins" des "Quaderns de folklore" N° 39 & 44 (1990 - 1991) de D. Fernando MARTI CAMPS, prêtre.

A la suite de cette présentation figurent les notes sur chacun des patronymes les plus répandus à Minorque. Si vous le souhaitez, vous pouvez me demander la traduction d'une note sur un nom en particulier. Il suffit de me contacter par mèl. J'essaierai, dans la mesure du possible, de l'effectuer et je la reproduirai à la fin de cette présentation.

P-J C

 

 

 

Questions préliminaires

 

Beaucoup de personnes sont intéressées par les lignages et la généalogie. Ce n’est pas surprenant car la connaissance de notre origine et la vie de nos ancêtres a toujours attiré notre attention et nous a même passionnés.

 

Une étude exhaustive des familles les plus nombreuses passées par Minorque serait des plus longues. Aussi, nous sous sommes limités à vous présenter des notes très brèves sur les patronymes les plus usités dans notre île ou venus d’ailleurs qui ont, pour quelque raison, un intérêt historique particulier, ou encore qui se réfèrent à un personnage important.

 

 

I. Origine des lignages de Minorque

 

L’immense majorité des familles de notre île est originaire de Catalogne. On se souvient qu’après la reconquête, par le roi Alphonse III, en 1287, Minorque va se repeupler de "bona gent catalana". Ainsi vont s'établir la foi et le sang, la langue et la culture.

Quelques lignages vont venir directement de Catalogne, mais un grand nombre arrivera dans notre île via Majorque.

Au cours des siècles, de nombreuses familles vont s'éteindre. Au milieu du XVIème siècle, par exemple, existaient les noms Eliot, Baccharan, Banaula, Cucurella, Carnestoltes, qui, de nos jours sont amusants. On se souvient encore de quelques uns de ces lignages dans la toponymie: So'n Camaró, So'n Cal-lar, So'n Mascord, Torre d'en Loçano, So'n Salomó.

Quant aux noms de la péninsule non catalans, ils proviennent primitivement des soldats castillans du Castell de San Felip: Briones, Contreras, Dalmedo (à l'origine "de Olmedo"), Dias, Quevedo, Victori (modification du lignage "de Vitòria") etc. Les noms de famille Barçola et Gorrias sont d'origine basque; le premier semble dérivé de "Balz" qui, en basque veut dire "nègre", et le second équivaut à "le rouquin".

Malgré les dominations étrangères du XVIIIème siècle, et la relation de Minorque avec l'Italie et les Etats-Unis d'Amérique dans les années 1830, les lignages non espagnols trouvés à Minorque sont peu nombreux. Souvenons-nous des britanniques Parsons, Bish et Forbes, le hollandais Van Walré, les italiens Biale, Confort, Landino, Moysi, Natta et Sturla, et les germano-suisses Hédiger, Bauer et Uhler.

 

 

II. Classification des lignages selon leur signification

 

1. Patronymes, dérivés d'un prénom, transformés en lignage: Aloy, Andreu, Carles, Enrich, Fedelich, Gener(et Janer), Huguet, Juan, Juanico, Julià, Llinyà, Llopis, Llorens, Lluch, Marquès (et Marquet, dérivés de Marc), Martí, Mayans, Melià, Nadal, Orell, Piris, Pons, Ramon, Sanxo, Sans, Simó, Vidal…

 

2. Noms d'origine germanique, laissés en  Catalogne par les Wisigoths: Amengual, Arguimbau, Arnau, Beltran, Galmés, Gelabert, Gomila, Gonyalons, Gornés, Guitart, Jofre, Llufriu, Mir (et ses dérivés Miret et Miró), Orfila, Rotger, Seguí, Tudurí… Avoir un tel patronyme n'implique pas d'être d'origine wisigothe. Quand les nordiques vont occuper une grande partie de l'Espagne, ils donneront leurs noms à une part importante de la population hispano-romaine.

 

3. Lignages signifiant des qualités physiques et morales: Amorós, Bonet, Faner (feiner = travailleur), Fiol, Franco, Moll, Palós (pelut = poilu), Prim, Roig, Suau, Traïd, Trèmol (tremolós), Venys (vesí), Vinent (oportú = opportuniste), etc…

 

4. Noms désignant un métier ou une profession: Barber, Calafat, Carretero, Cavaller, Escrivà, Escudero, Farnés (fariners), Febrer (du latin "faber" = ouvrier), Ferrer, Flaquer (boulanger), Fuster, Jover, Marí, Mestre, Monjo, Montaner, Pelegrí, Pallisser et Pellicer, Sabater, Sastre, Taberner, Timoner…

 

5. Lignages dérivés de noms de lieux: Al.lès (ancienne graphie  de Arles), Bagur, Barceló, Benejam, Canet, Cantallops, Cardona, Carrió, Castelló, Caymaris, Fuxà, Llambias, Martorell, Moncadas, Rosselló, Servera, Terrassa, etc…

 

6. Noms de termes géographiques: Anglada, Colll, Comellas, Font, Forcada, Pedrol, Planells, Pou, Puig, Pujol, Quintana, Ribas, Riera, Riudavets, Roca, Serra, Torrent, Valls…

 

7. Dérivés de la campagne et de la végétation: Alzina (chêne vert), Ametller (amandier), Bosch,  Campins, Camps, Cardell, Codina, Fanals, Garriga, Genestar, Móra, Morera, Olivar, Oliver, Olives, Pomar (pommier), Prats (prés), Reurer, Sureda, Verger…

 

8. Lignages qui rappellent des animaux: Aguiló (aiglon), Cunill, Capó (chapon), Llabrés (llebrons = lièvres), etc…

 

9. Noms faisant allusion à des constructions: Cabrisas, Cànaves, Capella, Carreras, Casals, Casasnovas, Castell, Mercadal (mercat = marché), Mesquida, Salas, Torres, Triay (triall, lieu où l'on choisissait et séparait le bétail), Truyol (moulin à huile), etc…

 

10. Noms d'objets: Borràs, Moles, Parpal, Sintes, Squella etc.

 

 

Retourner en haut de la page

 

III. Fréquence des lignages selon les communes

 

Comme chaque village de l'île possède ses particularités et ses propriétés, son histoire, sa manière d'être, même sa phonétique, les lignages sont le reflet de ces différences. Orfila, Taltavull et Tudurí, par exemple, sont nettement mahonnais; Huguet, Quintana  et Timoner viennent d'Alaior; ainsi, Anglada, Benejam et Marquès appartiennent à Ciutadella et Al.lès, Febrer et Pelegrí à Ferreriès. Dalmedo et Quevedo font penser à des gens d'Es Castell, de même que Caules et Sans sont de Fornells et Pascual et Servera d'Es Mercadal. Le lignage minorquin le plus fréquent est Pons,  que l'on trouve partout dans l'île mais spécialement à Alaior et Mahon.

 

Suivent, commune par commune le s noms les plus enracinés:

1. Alaior: Alzina, Ametller, Camps, Cardona, Florit, Fortuny, Gomila, Huguet, Llambias, Mascaró, Pellicer, Petrus, Pons, Quintana, Riudavets, Rotger, Timoner, Villalonga, Xemenes ("castillanisé" ensuite en Gimenéz)…

 

2. Es Castell: Dalmedo, Danús, Lozano, Prats, Preto, Puiggros, Quevedo, Victori.

 

3. Ciutadella: Anglada, Arguimbau, Bagur, Benejam, Bosch, Calafat, Campins, Cantallops, Capella, Capó, Moll, Monjo, Salort (transformé plus tard en Salord), Torres…

 

4. Ferreriès: Al.lès, Barber, Coll, Enrich, Febrer, Gonyalons, Janer, Martí, Morlà, Pelegrí, Serra, Truyol, Vidal…

 

5. Fornells: Fluxà (transformé plus tard en Fuxà), Caules, Garriga, Riera, Sans…

 

6. Mahon: Andreu, Ballester, Carreras, Catchot, Escudero, Mercadal, Mir, Montañés, Olives, Orfila, Parpal, Rosseló, Seguí, Sintes, Taltavull, Triay, Tudurí, Tutzó.

 

7. Mercadal: Pascual, Servera…

 

8. Migjorn: Casalí, (les autres lignages proviennent principalement de Ferreriès).

 

9. Sant Climent et Sant Lluís: Noms d'origine mahonnaise.

 

Cette classification n'est pas systématique. Il faut toujours tenir compte des migrations intérieures qui font que l'on trouve par exemple des familles Taltavull et Tudurí à Ciutadella, tout comme des Benejam et Marques à Mahon. Le passage d'une famille d'une commune à une autre résulte principalement de deux facteurs: le mariage d'une femme avec un époux d'une commune différente et, pour des raisons professionnelles, lorsqu'un ouvrier agricole passait d'une exploitation à une autre, située sur une autre commune.

 

 

IV. Les anciennes coutumes sur l'usage des lignages

 

Les noms se féminisent quand on se réfère aux femmes: Anguilona, Gelaberta, Perrellona, Ponsa, Salorta, Tudurina…

Les femmes mariées prennent le nom du mari, à partir de leur propre patronyme: Margalida Seguina et Parpala, par exemple, était Margarita Parpal, épouse d'un Segui.

On n'utilise pas le lignage maternel. Pour identifier les individus de même nom et prénom (père et fils par exemple), on utilise les adjectifs "major" ou "menor". C'est la même pratique qu'en Amérique du Nord avec "senior" et "junior".

Quelquefois les surnoms sont employés comme des lignages; une branche de la famille Arguimbau de Ciutadella était connue par son surnom de Mayol, et signait en général indistinctement Arguimbau ou Mayol. Une famille Valls de Ferrerièes, avait celui de l'endroit où ils habitaient So'n Arro. Quelques surnoms restent consignés dans les actes des livres sacrés: Jaume Triay "sord" (sourd), Juan Salort "ravull", Juan Pons "garrova", Antoni Cavaller "gros", Francesc Seguí "guixa"…

Il était fréquent, aux XVIème et XVIIème siècle, que les personnes les plus aisées possèdent des esclaves et des esclaves maures. Souvent, ils se convertissaient au christianisme et étaient baptisés du nom de leur maître: Anet, un maure, esclave du "mossen" Antoní Ferrer Miralles, va être baptisé à Ciutadella le 28 mars 1617 sous le nom de Juan Pau Miralles. Un esclave peut être affranchi et ses parrains et témoins de mariage peuvent être de famille distinguée. Par exemple, le 24 octobre 1582, deux anciens esclaves originaires du Royaume de Grenade se marient, Lluc qui était esclave du "mossèn" Llorenç Gomilla, chevalier, et Catalina, ancienne esclave du "mossèn" Rafel Squella, Juré militaire. A cette époque, il n'y  avait pas, dans la société minorquine, de préjugés raciaux, et les "nouveaux chrétiens" étaient assimilés sans problème.

Les enfants naturels sont notés dans les registres de baptême comme enfants de parents inconnus ou "absconds",  "enfants de l'hôpital" ou "nés par hasard". Parfois, on les nomme "enfants de Notre Seigneur et de la Vierge Marie"; d'autres fois, certaines personnes ou encore les autorités les parrainent. Mais on trouve également des noms étranges donnés aux enfants illégitimes: "pousse d'olivier", "de laurier", "d'oranger", notés en 1620 par un vicaire de Ciutadella qui devait affectionner l'arboriculture. Et un vicaire de Saint-Joseph de Mahon énumérait la géographie physique en donnant en 1811, aux enfants de parents inconnus, des noms de fleuves, de l'Ebre à l'Indus…

 

 

Retourner en haut de la page

 

V. Fonds utilisés pour l'étude des lignages minorquins

 

L'une des collections documentaires les plus importantes pour l'histoire de notre île est la section des livres paroissiaux de baptêmes, mariages et décès de Minorque conservés aux Archives historiques diocésaines de Ciutadella.

Ces registres paroissiaux commencent en 1565 grâce à l'évêque D. Diego de Arnedo qui régit les diocèses des Baléares de 1561 à 1572 et va donner un élan à la réforme ecclésiastique décrétée par le Concile de Trente.

En 1936, les archives religieuses seront sauvées des flammes par D. Joan Bordas Barrot et retourneront ensuite à l'évêché.

Les actes de baptêmes, mariages et décès de toutes les communes de Minorque, depuis le milieu du XVIème siècle, sont le fonds principal auquel se réfèrent différentes études: études démographiques de natalité et mortalité; migrations intérieures et extérieures; toponymie rurale avec ses changements au cours des siècles; caractéristiques de la langue; sémantique du langage oral; détails très significatifs de la vie sociale et économique, religieuse et morale des familles et des villages…

Mais surtout, on y trouve la documentation nécessaire à l'établissement des généalogies minorquines, de manière sûre et critique, sur treize ou quatorze générations depuis le milieu du XVIème siècle à nos jours, et des renseignements sur la façon de vivre de nos ancêtres depuis plus de quatre cents ans.

 

 

VI. Chaque  lignage a-t-il son propre blason?

 

Beaucoup se demandent quel blason correspond à tel ou tel lignage? Certains font placer un blason sur la façade de leur maison. En vérité, des marchands annoncent: "tel lignage a son blason. Dites-moi votre nom et je vous l'enverrai". Ceci est une erreur. Les blasons ne sont pas ceux des lignages mais ceux des familles. Quand un roi donne un titre ou un privilège de noblesse ou de chevalerie, ceci est signalé sur un blason.

En vérité, toute personne peut se faire faire son propre emblème  mais sans les détails qui pourraient représenter un signe de noblesse. Tout est autorisé, à condition de ne pas usurper ce qui ne vous appartient pas…

 

Les patronymes

 


 

Retourner à la page précédente  

 

Accueil

Retourner en haut de la page